Prof. Dr. Martina Drescher & Prof. Dr. Ingrid Neumann-Holzschuh

Syntaxe de l’oral dans les variétés non-hexagonales
du français

 

Dans les deux dernières décennies, on a pu observer un intérêt croissant pour les variétés du français hors de France. C’est notamment le français nord-américain qui a fait l’objet de nombreuses études. Celles-ci ont focalisé sur les aspects phonétiques et lexicaux, et – dans une bien moindre mesure – sur les caractéristiques morphosyntaxiques et pragmatiques. En plus, la question d’une norme propre au français québécois a occupé pendant longtemps le devant de la scène. Par contre, les variétés africaines du français ont beaucoup moins retenu l’intérêt des linguistes. Et une approche globale et comparative de l’ensemble des variétés du français hors de France fait toujours défaut. Le but de ce symposium est justement de parer à cette lacune en proposant une plateforme pour la discussion de travaux récents sur ces variétés non-hexagonales, et plus particulièrement sur les variétés nord-américaines et africaines.

Nous sommes, bien sûr, parfaitement conscientes que ces variétés se sont formées dans des contextes historiques, socio-politiques et linguistiques très divers et qu’elles subissent encore aujourd’hui des contraintes très différentes. Il existe cependant des traits communs qui méritent d’être davantage mis en lumière: A côté de leur caractère ‘périphérique’, ces variétés partagent notamment certains processus de changement. En plus, elles font généralement partie d’un paysage linguistique complexe et subissent des influences variées qui se traduisent non seulement dans leur structure grammaticale, mais qui ont aussi des répercussions sur le plan interactionnel.

Nous aimerions réunir des contributions autour du thème de la syntaxe de l’oral. Ce titre renvoie à la fois aux aspects grammaticaux des variétés en question et à la problématique de la syntaxe conversationnelle, aspect particulièrement important pour la description de l’oral. Le symposium se situera donc à l’intersection de la morphosyntaxe et de l’analyse interactionnelle ou de la pragmatique au sens large. Il accueillera des recherches qui explorent l’interface entre ces deux domaines qui ont été plutôt négligés dans les approches de la variation linguistique.

Les communications pourront s’articuler autour des aspects suivants:

- morphosyntaxe (le système pronominal, la phrase verbale, les périphrases, les stratégies de subordination, etc.);

- marqueurs discursifs;

- séquences interactionnelles spécifiques (réalisations de la question, de la requête, etc.);

- manifestations de la politesse, etc.

Le symposium vise non seulement à dresser le bilan des recherches sur les variétés non-hexagonales dans le domaine de la syntaxe de l’oral. Il aimerait aussi encourager les mises en parallèles entre les variétés nord-américaines et africaines du français. Et finalement, il voudrait contribuer à intensifier les échanges entre linguistes germanophones et francophones, africanistes et canadianistes, travaillant sur des questions apparentées en espérant d’ouvrir par là de nouvelles pistes de recherche.

Email: martina.drescher@uni-bayreuth.de / ingrid.neumann-holzschuh@sprachlit.uni-regensburg.de


Valerie Bässler (Université de Fribourg)

Les marqueurs de citation – un cas spécifique de sacres interjectifs en français québécois

Les marqueurs de citation – ou marqueurs quotatifs selon la terminologie anglaise – sont un phénomène qui existent dans la plupart des langues, mais de manière légèrement différente de l’une à l’autre. Ils ouvrent le plus souvent une autocitation, soit de type « monologue intérieur », soit de type exclamatif, celle-ci généralement composée d’une formule métalinguistique (verbum dicendi), suivie d’une interjection (comme « eh ben ») et achevée par la partie citée elle-même.

Les études portant sur l’autocitation, désignées selon la discipline et le cadre théorique par les termes « polyphonie » (Ducrot), « hétérogénéité énonciative » (Authier-Revuz) ou bien « participation framework » (Goffman), sont nombreuses.

On peut cependant constater qu’en français québécois, une autocitation est souvent introduite par un sacre – juron à base religieuse mais vidé de son sens premier comme tabarnac, osti, câlisse, etc  – prenant le rôle d’une interjection secondaire.

Dans cette étude, qui repose sur un corpus de québécois parlé recueilli en 2006 comprenant des genres discursifs des plus variés, nous analyserons l’apparition des sacres dans le contexte de l’autocitation ainsi que leur courbe d’intonation très caractéristique dans cette fonction interactionnelle qui délimite les différentes parties de l’autocitation que sont l’élément métalinguistique, ensuite le sacre et enfin la partie citée.

 

 

Oumarou Boukari (Université de Bayreuth)

Les marqueurs de réaction du Fpi dans tous leurs états

La présente contribution se propose de recenser, puis de catégoriser les marqueurs de réaction du Français populaire ivoirien (Fpi) selon leurs fonctions individuelles dans le discours. Cette analyse qui consistera également à préciser leurs rapports avec les langues locales et /ou avec le Français standard, se base sur la transcription de pièces issues du théâtre du même qualificatif. Et parce qu’il s’agit de mises en scène plus ou moins improvisées, sans véritables scripts (dialogues préétablis) et jouées par des professionnelles, ces pièces de théâtre offrent des comportements langagiers proches sinon similaires à ceux observés dans les conversations de tous les jours en Côte d’Ivoire. De là, elles apparaissent comme des objets appropriés pour la mise à nu des différentes propriétés manifestées par les marqueurs de réaction dans les conversations entre locuteurs du Fpi.   

 

 

Carole de Féral (Laboratoire BCL, Université Nice Sophia-Antipolis, CNRS)

Appropriation vernaculaire du français par les jeunes Camerounais en milieu urbain

Le Cameroun  est le pays le plus multilingue  de l’Afrique francophone, avec deux langues officielles, l’anglais et le français, qui se superposent à près de 250 langues ethniques et au pidgin-english. Etant donné l’absence d’une  langue ethnique unique qui serait  dominante dans le sud,  le français y assume une fonction véhiculaire de plus en plus importante en milieu urbain. En outre, chez de nombreux locuteurs et chez les jeunes en particulier, il fait l’objet d’une véritable appropriation vernaculaire. L’une des manifestations de cette appropriation est le camfranglais,  aussi  nommé francanglais, qui semble également se propager dans certaines villes du nord : il s’agit  de faire appel à un stock lexical, dans des proportions variées selon les stratégies discursives du locuteur. Ce stock lexical comprend, par exemple,  quelques néologismes, des lexèmes français qui ont subi des changements morphologiques (troncation, métathèse) ou sémantiques et des emprunts à des langues ethniques mais aussi et surtout au pidgin et/ou à l’anglais. On verra que ces ressources lexicales se greffent sur un français qui peut être très proche du français hexagonal mais dans quelques cas elles n’adoptent pas les contraintes morpho-syntaxiques du français standard. On montrera aussi que le caractère arbitraire des transcriptions de camfranglais que l’on trouve dans de nombreux articles  peut induire le lecteur en erreur sur la nature de l’objet linguistique étudié. Si une transcription phonologisante semble être la solution la plus raisonnable pour les lexèmes qui sont empruntés à des langues non écrites comme le pidgin-english ou dont il est impossible de décider s’il s’agit d’emprunts au pidgin ou à l’anglais, la transcription des morphèmes grammaticaux français  dont peuvent être dotés ces emprunts pose problème : une transcription phonologisante créerait une rupture artificielle avec la syntaxe du français. On doit aussi se demander s’il faut noter, pour ces emprunts, des phénomènes d’accord qui n’existent en français qu’à l’écrit. Ces questions sont essentielles dans la mesure où  les choix graphiques imposent au lecteur une certaine vision/analyse de la structure de l’objet linguistique étudié. Ces questions seront illustrées par des extraits de corpus qui nourrissent la  base de données lexicographiques de camfranglais/francanglais que je suis en train d’élaborer avec des collègues camerounais.

 

 

Martina Drescher (Université de Bayreuth)

Les constructions nominales avec verbe support en français burkinabé

Les variétés africaines du français divergent de la variété standard sur tous les niveaux de la description linguistique . Jusqu’à maintenant, ce sont avant tout les champs de la phonétique, de la morphosyntaxe et du lexique qui ont fait l’objet d’analyses nuancées. Par contre, le niveau pragmatico-textuel n’a que peu attiré l’attention des chercheurs. La présente étude, consacrée à une analyse des constructions nominales avec verbe support en français burkinabé, vise à établir un lien entre la description grammaticale de ces structures et leur fonctionnement pragmatico-textuel. Les données empiriques analysées proviennent de la formation des adultes dans le domaine de la sensibilisation contre le VIH/SIDA. Au centre de l’analyse se trouveront des constructions avec le verbe faire qui sont très fréquentes dans le corpus (faire de la vitesse, faire le bac, faire des rapports sexuels, etc.)

 

 

Karin Ewert (Heinrich Heine-Universität Düsseldorf)

Analyse syntaxique et pragmatique de la dislocation à gauche en acadien parlé

Les catégories « topique » (topic) et « commentaire » (comment) sont des catégories discursives relationnelles (v. Reinhart 1982: 1, Tschida 1995: 171) qui possèdent des fonctions pragmatiques c’est-à-dire que le topique représente le « concept dont on parle » (Wehr 2007 : 478) tandis que le commentaire est « ce qu’on dit sur le topique » (v. Molnár 1993: 162).

Une possibilité de marquer le topique à l’oral est la dislocation à gauche qui est caractérisée par un syntagme nominal ou pronominal en position initiale repris à l’intérieur de la phrase par un pronom clitique coréférentiel (v. Barnes 1985: 1, Wehr 2007: 483), l’entité disloquée et le pronom clitique représentant la même fonction syntaxique, p.ex.

 

(1)       […] mon père i en ara […] (‚mon père il en aura’, Wiesmath 2006, texte 01, p. 4).

           

(2)              […] des tétines de souris on’n a pas […] (,des passe-pierres on en a pas’,

Wiesmath 2006, texte 01, p. 15/16).

 

(3)       […] moi je peux pas manger ça […] (Wiesmath 2006, texte 01, p. 12).

 

Comme marquage du topique discursif, la dislocation à gauche montre une grande diversité fonctionnelle référant soit à une entité extradiscursive soit aux interlocuteurs eux-mêmes. Dans le premier cas (exemples (1) et (2)), il s’agit des syntagmes nominaux disloqués à gauche signalant des fonctions pragmatiques comme l’établissement, le changement, la confirmation ou le réétablissement d’un topique. Dans le second cas (exemple (3)), le pronom personnel disloqué à gauche renvoie directement aux participants du discours. Avec la dislocation d’un pronom personnel de la 1ère et 2e personne du singulier ou pluriel, le locuteur a, par exemple, la possibilité d’indiquer l’experiencer de l’énoncée (v. Barnes 1985: 103) et d’exprimer sa propre opinion ou son émotion par rapport au topique du discours ainsi que de prendre la parole (turn-taking) ou de la transmettre à son interlocuteur (turn-closing). Une analyse empirique avec des exemples de l’acadien parlé documentera ces fonctions pragmatiques.

 

Références bibliographiques :

Barnes, B. K. (1985): The Pragmatics of Left Detachment in Spoken Standard French. Amsterdam/Philadelphia.

Dik, S. (1989): The Theory of Functional Grammar. Vol. 1: The Structure of the Clause. Dordrecht.

Ewert, K. (2008): Verfahren der Topic-Markierung im gesprochenen Französischen und Spanischen. Eine formale und funktionale Analyse (Inauguraldissertation, vorgelegt an der  Philosophischen Fakultät der Heinrich-Heine-Universität Düsseldorf, noch nicht veröffentlicht).

Likhacheva-Philippe, L. (2007) : „La thématisation et l’introduction du topique en français conversationnel à partir des enquêtes de Dijon et de Roanne”. In: Detey, S./Nouveau, D. (éds.) : Phonologie du français contemporain, Bulletin no7, 373-395 (PFC: enjeux déscriptifs, théoriques et didactiques), http://www.projet-pfc.net/?pfc-rc:bibiliopfc:pfc7 (03.03.2008).

Molnár, V. (1993): „Zur Pragmatik und Grammatik des TOPIK-Begriffs”. In: Reis, M. (Hrg.): Informationsstruktur, Tübingen, 155-203.

Reinhart, T. (1982): Pragmatics and Linguistics: An Analysis of Sentence Topics. Bloomington.

Tschida, A. (1995): Kontinuität und Progression. Entwurf einer Typologie sprachlicher Information am Beispiel des Französischen. Wilhelmsfeld.

Wehr, B. (2007) : „Syntaxe et pragmatique: marquage du topique en ancien français“ In: Trotter, D. (éd.) : Actes du XXIVe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes. Aberystwyth 2004, vol. III, 477-501.

Wiesmath, R. (2006) : Le français acadien. Analyse syntaxique d’un corpus oral recueilli au Nouveau-Brunswick, Canada. Paris.

 

 

Mari C. Jones (Université de Cambridge)

Comment déterminer la syntaxe de l’oral? Une étude de cas des Îles Anglo-Normandes

Malgré sa longue implantation à Jersey (Îles Anglo-Normandes), selon toute probabilité l’avenir du dialecte jersiais sera d’une courte durée. A l’heure actuelle, deux tiers d’entre les 2,874 dialectophones ont plus de 60 ans et la chaîne de transmission linguistique a été effectivement coupée. Dans un premier temps, ma présentation visera à traiter des difficultés qui se manifestent lorsqu’on essaie d’établir les normes syntaxiques de cette variété essentiellement parlée. Par ailleurs, elle suggérera des stratégies éventuelles pour surmonter ces difficultés.

 

 

Sylvia Kasparian (Université de Moncton)

Traitement automatique de corpus oraux : l’exemple des parlers acadiens

Les linguistiques qui basent leurs descriptions sur de larges corpus électroniques gagnent du terrain et les outils d’analyse automatique de plus en plus sophistiqués se multiplient. Depuis les années 1980, avec l’informatisation et la saisie de masses importantes de texte, les outils  de traitement automatiques des corpus écrits se sont fortement développés mais l’on est bien loin de disposer d’outils équivalents pour l’oral. Le développement ou l’adaptation d’outils existants pour faciliter l’annotation, la description, l’analyse de l’oral ainsi que des variétés régionales ou de corpus bilingues / multilingues restent des enjeux de première importance. Nous avons donc relevé le défi d’automatiser la description d’une langue orale, régionale, l’acadien (français parlé dans les Provinces Maritimes du Canada), en adaptant le formalisme d ’INTEX-NOOJ, logiciel de TAL développé par Max Silberztein (2004), Université de Franche Comté.

Notre recherche s’attaque à l’étiquetage morphosyntaxique de corpus acadiens déjà transcrits et informatisés par différents chercheurs. Ce corpus est constitué de plus de 80 enregistrements de conversations spontanées et d’interviews semi-directifs, au total de  plus de 150 000 mots. Notre corpus se caractérise par 3 strates de spécificités : des traits d’oralité (les hésitations, les répétitions, les mots omis, les élisions, des traits régionaux touchant tous les niveaux de la langue et des phénomènes de contact de langue avec l’anglais (des emprunts à l’anglais et des restructurations morphosyntaxiques à partir des deux langues. Notre corpus pose, en plus, le problème du manque d’homogénéité des conventions de transcription

Nous présenterons trois solutions élaborées (dictionnaires, grammaires, graphes) avec NOOJ pour automatiser le traitement de certaines spécificités de notre corpus : 

1-     Les dictionnaires morphosyntaxiques et la hiérarchisation des unités en lemmes et super lemmes : solution pour les variantes orthographiques, régionales et anglaises ;

2-     Morphologie : les grammaires  et dictionnaires fléchis des noms et verbes (acadiens et anglais intégrés) ;

3-     Graphes de désambiguisation : exemple de l’auxiliaire et du pronom « a ».

 

 

Sabine Klaeger (Université de Bayreuth)

‘Faut même pas que ça arrive’ Syntaxe et fonctions de même en français burkinabé

La particule même – surtout dans sa forme négative même pas – a une fréquence extrêmement importante dans le français parlé en plusieurs régions de l’Afrique subsaharienne. Dans les inventaires lexicaux respectifs, soit on lui attribue une fonction de renforcement expressif, soit  on lui atteste un manque de signification particulière, en soulignant son emploi fréquent à l’oral, surtout chez les peu lettrés, notamment dans des formes basi- ou mésolectales.

A l’exemple d’un corpus constitué au Burkina Faso, je dresserai l’inventaire de la distribution de même dans les différents contextes syntaxiques en proposant quelques hypothèses sur ses valeurs sémantique et pragmatique. A travers son utilisation comme opérateur enchérissant argumentatif, comme connecteur de co-orientation, comme particule de portée, je m’intéresse à sa fonction de particule discursive dans des formules ritualisées que l’on peut considérer comme l’expression fossilisée d’une compétence langagière spécifique.

 

 

Colette Noyau (Université de Paris X)

Reprises et reformulations dans le discours d’enseignants africains en situation formelle :  à la recherche des zones de turbulence dans le français oral des locuteurs lettrés en contexte diglossique

La dynamique du français dans un contexte diglossique tel que le Togo a pour plaque tournante l’école. En effet, nous avons montré dans des travaux antérieurs que le français de référence transmis par l’école dans le contexte togolais était essentiellement la langue des maîtres, elle-même acquise par la génération précédente en contexte scolaire.

Le présent travail s’appuie sur des corpus d’entretiens pédagogiques avec des enseignants béninois, maliens et togolais qui ont été recueillis dans plusieurs enquêtes depuis 2001.

Dans le cadre de réflexion sur le français de référence scolaire tracé dans Noyau (2001), il prolonge le travail mené dans Noyau (2006) sur les zones concernées par les reprises et les reformulations et celui de Peuvergne (2005) sur les glissements syntaxiques et sémantiques concernant les verbes dans les discours de ces locuteurs en situation d’entretien.

Nous nous demanderons ce qui, de l’usage des verbes, est affecté par le contrôle métalinguistique, en regard avec les résultats d’une approche différentielle, et avec un éclairage typologique sur l’organisation sémantique et syntaxique des verbes dans les langues du milieu avec lesquelles ces français sont en contact.

Nous terminerons par une réflexion générale sur les composantes de la maîtrise des verbes en français L2 et les processus cognitifs impliqués dans leur traitement.

 

Références bibliographiques :

Noyau C. (2001) : Le français de référence dans l’enseignement du français et en français au Togo. In : M. Francard, G. Géron & R. Wilmet (dir.). (2000-2001) : Le français de référence. Constructions et appropriations d’un concept. Actes du colloque de Louvain-la-Neuve (3-5 novembre 1999). Volume II : Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain, 27 (1-2), pp. 57-73.

Noyau C. (2006) : Le langage des maîtres comme français de référence : rôle de l’école dans la transmission de la langue (Togo). Le Français en Afrique 21, ‘Des inventaires lexicaux du français en Afrique à la sociolinguistique urbaine. Hommage à Suzanne Lafage’, A. J.-M. Queffelec, ed., pp. 339-350.

Noyau C. (à paraitre) : Les enseignants appartiennent-ils  à l’élite linguistique ? Etude des traces du contrôle dans le discours en situation formelle d’enseignants au Togo. Communication au colloque de Brazzaville : L’élite en Afrique subsaharienne et la langue française : pratiques et représentations, mars 2007.

Peuvergne J. (2005) : Etude de glissements syntaxiques et sémantiques dans le parler d'enseignants togolais de français à Lomé. In : K. Ploog & B. Rui (éds): Appropriation en contexte multilingue - éléments sociolinguistiques pour une réflexion didactique à propos de situations africaines, Actes du colloque 'Situations de plurilinguisme et enseignement du français en Afrique'. Besançon, Presses de l’Université de Franche-Comté, Annales littéraires, série Linguistique et appropriation des langues n°3, pp. 99-115.

 

 

 

Stefan Pfänder & Marie Skrovec, Université de Freiburg.

"Le monde entier parle français: oui, mais comment?" Constructions émergentes au sein d'une langue globale pluricentrique.

De même que l'espagnol, l'anglais, l'allemand et bien d'autres, le français d’aujourd’hui est une langue pluricentrique comptant différents standards coexistants. Cependant, on a moins affaire à la coexistance de normes jouissant du même statut qu’à un système hiérarchiquement stratifié de standards inter-agissant d’envergure variable –globale, supranationale, nationale, régionale et même dans certains cas, limitée à des domaines de communication spécifiques.

La comparaison systématique des dynamiques de standardisation post-coloniales dans la perspective d’une convergence syntaxique de différentes variétés du français comporte un potentiel prometteur pour l’élaboration d’un modèle théorique (cf. Dermarkar, Pfänder, Pusch & Skrovec, sous presse, et Gadet, sous presse), même si cette piste, déjà évoquée par Chaudenson et al. (1993) n'a pas encore été systématiquement approfondie à ce jour (certains travaux récents élargissent pourtant déjà leur champ d'investigation à celui des aires: cf. Aslanov 2006 pour le Levant, Brasseur & Falkert 2005 et Neumann-Holzschuh & Wiesmath 2006 pour l'Amérique du Nord, Anne Dister et al., sous presse, pour le projet CFA).

Nous présenterons un rapport sur les travaux fribourgeois en cours, menés au sein du projet "Constructions émergentes" (financement Fritz-Thyssen) qui visent à décrire les nouvelles structures syntaxiques observables dans différentes aires communicatives francophones (Amérique du Nord, Afrique de l'ouest, au Levant et en Inde) dans des données orales authentiques (conversations à table). Il s’agit d’une part de décrire l’émergence de ces constructions au moment même de leur production (syntaxe en ligne, émergence en situation) et de repérer d’autre part la sédimentation de constructions susceptibles d’inaugurer de nouvelles catégories systémiques en français (changement syntaxique, émergence diachronique ou panchronique). C'est dans le paradigme de l'improvisation que la mise en perspective de ces deux formes d'émergence prend tout son sens (Hopper 1998, Ehmer & Pfänder 2008).

 

Références bibliographiques :

Aslanov, Cyril (2006) : Le français au Levant, jadis et naguère, Paris, Champion.

Brasseur, Patrice & Falkert, Anika (dir.) (2005): Français d’Amérique: approches morphosyntaxiques. Paris, L’Harmattan.

Chaudenson, Robert & Mougeon, Raymond & Béniak, Edouard (1993): La variation panlectale en français. Paris: Didier-Erudition.

Dister, Anne & Françoise Gadet, Ralph Ludwig, Chantal Lyche, Lorenza Mondada, Stefan Pfänder, Ingse Skattum (Groupes CIEL et CFA) (2008, im Druck): „Deux nouveaux corpus internationaux du français : CIEL-F (Corpus International Ecologique de la Langue Française) et CFA (Français contemporain en Afrique et dans l’Océan Indien)”, zum Druck angenommen in: Revue de Linguistique Romane.

Dermarkar, Cynthia & Pusch, Claus & Pfänder, Stefan & Skrovec, Marie (2008, im Druck): "Le français global – émergence, variation, francoversaux: un nouveau corpus de la francophonie actuelle", in : Actes du CILPR, Innsbruck 2008.

Gadet, Françoise (2008, im Druck): „Une socioliguiste dans la grammaire“, in: Actes du CILPR, Innsbruck 2008.

Ehmer, Oliver & Pfänder, S. (2008): "Sprache kann in jedem Moment ganz anders sein. Improvisationstechniken im Gespräch", in: Gehrke, H.-J. & Gröne, M. & Hausmann, F.-R. & Pfänder, S. & Zimmermann, B. (eds.): Improvisation. Kultur- und lebenswissenschaftliche Perspektiven Freiburg: Rombach.

Hopper, Paul (1998): "Emergent Grammar", in: Tomasello, Michael (ed.): The New Psychology of Language. Mahwah, N.J.: Lawrence Erlbaum Publications, 155-175.

Neumann-Holzschuh, Ingrid & Raphaele Wiesmath (2006), « Les parlers acadiens : un continuum discontinu », Revue Canadienne de Linguistique Appliquée Vol 9 n° 2, 233-49.

 

 

Katja Ploog (Université de Besançon)

Mécanismes discursifs et processus structurels de quelques restructurations morpho-syntaxiques en nouchi (français abidjanais)

La dynamique autour du français dans une ville comme Abidjan (Côte d’Ivoire) consiste à être passé - en moins d'un siècle - du supervéhiculaire colonial très minoritaire à la langue urbaine par excellence, dotée d'une autonomie et d’une stabilité certaines. La dynamique a conduit à l'émergence d'une variété de français différente du français à tous les niveaux de structuration.

Les corpus d'étude [Ploog ABJ97] sont constitués de données orales recueillies dans des interactions spontanées ; nous illustrerons, à partir de ce corpus, les mécanismes à l’oeuvre dans les dynamiques linguistiques en étudiant quelques cas de restructuration morphosyntaxiques avérés, notamment celui des clitiques objet de 3e personne, celui du morpheme enclitique –la à valeur locative ou thématique, et celui du complémenteur que.

Notre exposé tentera d’identifier la nature des restructurations obervées, pour ensuite discuter les motivations et les processus ayant pu conduire à leur émergence. Une restructuration se manifeste dans le discours comme modification des contraintes observées sur la réalisation d'une construction, qui peut concerner des traits fonctionnels ou formels de la structure. Si la restructuration apporte une plus-value à l'expression linguistique dans une configuration discursive donnée, elle est motivée par les exigences universelles gouvernant la production de discours et son occurrence est déterminée par les indexations sociales spécifiques du contexte interactionnel. Les processus structurels permettant l’émergence d’une restructuration prennent appui sur l’ensemble des matriaux disponibles n sélectionnant le “meilleur candidat” parmi les options offertes.

 

 

Gisèle Prignitz

Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA-Bayonne et GRAL-Pau)

 

Exploration de  traits de sémantaxe dans un corpus  de français parlé au Burkina Faso

Parmi toutes les variantes du français, le corpus particulier que constitue la francophonie africaine met en jeu des processus complexes qui mêlent les sources d'«écarts» par rapport au français standard. La question qui guide cette recherche est la suivante :  comment analyser ce "bougé", ce déplacement qui fait identifier cette variété comme non hexagonale ?

Il faut d'abord poser le domaine conceptuel dans lequel s'élabore le message, le cadre qui l'«informe», régi par des catégories propres à la culture qui réunit les locuteurs "emprunteurs" du français auquel ils donnent une « naturalisation » africaine. Ce domaine est celui de la sémantaxe où s'élabore la mise en mots de la « visée africaine », apparaissant sous forme de « résurgences » analysables dans le discours (Manessy, 1994).

L’appropriation du français par les locuteurs burkinabè passe moins par une créolisation de la langue (complexification de la composante morpho-phonologique, contraintes dans l’expression des catégories grammaticales), que par la fixation des conventions de la langue. C'est en observant un recueil de discours de 14 locuteurs dans le cadre du protocole du projet PFC que j'examine les faits syntaxiques qui corroborent cette hypothèse (en particulier l'expression du discours rapporté et de la comparaison).

Référence bibliographique :

Manessy, Gabriel (1994): Le français en Afrique Noire. Mythe, stratégies, pratiques. Paris : L'Harmattan.

 

 

Elissa Pustka (Ludwig-Maximilians-Universität Munich)

La subordination sans subordonnant en français antillais

Dans le français régional parlé aux Antilles, on observe fréquemment des absences de la conjonction de subordination que, aussi bien dans les complétives (p.ex. on voit c'est un Martiniquais, je sais c’est Guyane, je crois c'est affecté) que dans le discours indirect (p.ex. on dit c'est un patois). La dépendance de la deuxième proposition de la première est ici uniquement sous-entendue par la valence du verbe introducteur et l’absence de certaines marques du discours direct (formes de la 1ère et 2ème personne des verbes, adresse de l’interlocuteur, marqueurs discursifs, exclamations, changement du timbre de la voix) ; en ce qui concerne en revanche l’élément introducteur et l’ordre des mots, la subordonnée ne se distingue pas d’une proposition indépendante. Ce phénomène s’observe également dans le cas des interrogatives indirectes : elles ne sont pas construites avec si, mais avec est-ce que (p.ex. je sais est-ce que c’est quelqu’un qui…), et non avec ce que/ce qui, mais avec qu’est-ce que/qu’est-ce qui (p.ex. on lui demande qu'est-ce qu'il faut dire), voire quoi (p.ex. il sait pas c'est quoi) (cf. Mazama 1997, Pustka 2007).

On est vite emmené à expliquer cette infraction à la norme prescriptive du français par le substrat créole dans lequel la subordonnée n’est traditionnellement pas introduite par un subordonnant (p.ex. an ka règrété Jan sòti ‘je regrette que Jean est sorti’, Ludwig 1996 : 342). Mais ce phénomène se retrouve aussi dans d’autres variétés non-hexagonales du français (p.ex. Québec, Acadie, Réunion) – et même en français de France (cf. Ledegen à paraître). On pourrait donc supposer qu’il s’agit d’une structure agrégative typique de la langue parlée qui se serait systématisée dans les colonies.

L’étude ici présentée se base sur un corpus de 13 heures de parole spontanée, recueillie à moitié dans le département d’Outre-Mer de la Guadeloupe et en région parisienne. Je présenterai tout d’abord les facteurs extra-linguistiques qui influencent la présence ou absence du subordonnant (région d’origine, âge, milieu social, L1, etc.). Ensuite seront analysés les facteurs linguistiques en cause (type de subordonnée, nature du verbe introducteur et du prédicat, etc.). Le but sera de déterminer à quel degré il s’agit d’un phénomène purement diasystématique, marquant l’appartenance à l’une ou l’autre variété (français antillais vs français parisien, écrit vs parlé) et à quel degré d’un phénomène systématique, donc ici d’un choix du locuteur servant à marquer le degré de responsabilité communicative assumée.

 

 

Références bibliographiques :

Ledegen, Gudrun (à paraître) : « L’interrogative indirecte in situ à la Réunion : elle connaît elle veut quoi », in : Actes du Colloque « Le français parlé du XXIème siècle : normes et variations ». Université d’Oxford, 23 et 24 juin 2005.

Ludwig, Ralph (1996) : Kreolsprachen zwischen Mündlichkeit und Schriftlichkeit. Tübingen : Narr.

Mazama, Ama (1997) : Langue et identité en Guadeloupe : une perspective afrocentrique,.Pointe-à-Pitre : Éditions Jasor.

Pustka, Elissa (2007) : Phonologie et variétés en contact. Aveyronnais et Guadeloupéens à Paris. Tübingen : Narr.

 

 

Uli Reich (Freie Universität Berlin)

La prosodie du français wolophone

Si parmi les langues parlées à Dakar le wolof est la plus répandue, le français joue tout de même un rôle très important: il offre une fenêtre communicative pour des cultures panafricaines et globales, servant de langue véhiculaire dans beaucoup de contextes quotidiens. Ce fait sociolinguistique lui confère une certaine stabilité qui le fait surpasser le statut d’une langue secondaire commune. En ce qui concerne les traits linguistiques du français parlé a Dakar, un des effets les plus frappants est la prosodie du français parlé par des parlants du wolof. Ma contribution décrit les particularités dans l'intonation et dans le rythme du français wolophone par rapport au français hexagonal et offre une explication théorique. En parlant français les locuteurs maintiennent les structures métriques du wolof,  tout en y associant les accents de l’intoation qui marquent les focus informationnelles. D'ailleurs, les restrictions syllabiques du wolof s’appliquent souvent en français wolofone. L’allongement final, la technique prosodique la plus importante pour marquer les phrases en français hexagonal, est souvent omis par analogie au wolof, où la durée syllabique est distinctive au niveau de la phonologie lexicale et ne sert pas au niveau de la phrase. Cette image différenciée d'une prosodie polyglotte met en question toutes les représentations qui traitent la prosodie 'en bloc', c'est-à-dire dans une hiérarchie unique et complète de constituantes qui obéissent toutes aux mêmes principes. Plutôt, il faut concevoir une représentation partant des différents domaines fonctionnels.

Le travail est basé sur un corpus enregistré à Dakar en 2006 avec 34 jeunes sénégalais et analysé avec le programme d’analyse acoustique PRAAT.

 

 

Edith Szlezak (Université de Ratisbonne)

Aspects morphosyntaxiques des variétés du français canadien parlées au Massachusetts

Les variétés du français canadien parlées au Massachusetts montrent peu de signes d'étiolement dans le domaine morphosyntaxique parce que la langue a tendance à disparaître en deux générations après l'immigration. A l'exception de quelques structures provenant de l'anglais, ceux qui parlent encore le français utilisent et les structures morphosyntaxiques considérées typiques des variétés canadiennes et les structures du français standard en raison de l'influence normative des écoles paroissiales. Cette communication présentera quelques structures en usage au Massachusetts, comme p.ex. l'expression de l'appartenance à l'aide de la préposition à ou la généralisation de que en tant que pronom relatif, de même que quelques structures qui montrent l'influence de la langue dominante de la région, l'anglais.

 

 

Georges Daniel Véronique (Université de Provence & DILTEC, Paris III)

Structuration informationelle et organisation syntaxique dans le français parlé d’adultes arabophones à Marseille

Perdue, Deulofeu et Trévise (1988) relèvent que l’organisation de l’information à transmettre poussent les apprenants arabophones de français à produire très tôt des énoncés complexes. Ces derniers ont recours à divers moyens paratactiques (schéma de corrélation, contraste d’ordre de mots, recours à des connecteurs et à des marqueurs prosodiques) et usent, de façon non systématique, de la subordination grammaticale – emploi de /ke/ en alternance avec Ø comme relateur, utilisation de pour comme marqueur de proposition de but et de parce que. Véronique 1997 décrit les phases du développement de la subordination grammaticale chez ces mêmes adultes arabophones en s’attachant à l’émergence des propositions circonstancielles, complétives, et relatives. Ses résultats confirment ceux de Perdue et coll. 1988.

C’est à partir de ces travaux qui évoquent le rôle des contraintes morphosyntaxiques et le poids de la structuration de l’information à transmettre, de sa hiérarchisation que je me propose d’observer l’enchaînement des séquences syntagmatiques (clause combining) dans des textes d’apprenants adultes arabophones.

Je m’interrogerai donc sur les rôles respectifs des contraintes que définissent les tâches discursives, tant au plan pré-verbal que verbal (Levelt 1989), des structurations propres aux langues en présence, et de la dynamique d’appropriation, dans les productions textuelles étudiées. J’aborderai  la linéarisation de l’information et l’assignation en position de topic de constituants de divers types, qui sont au principe de la cohésion et de la cohérence textuelles.

Le propos général de ces analyses est de dégager comment les trois niveaux de :

-         la structuration sémantique (la gestion des domaines référentiels et la prise de perspective) 

-         de la structuration informationnelle (les rapports entre topic et focus, l’organisation de la trame et des autres plans)

-         et de la structuration syntaxique (les modes d’organisation des constituants syntaxiques)

 se conjuguent.

J’espère faire apparaître à l’occasion de ces analyses les éventuels liens entre les enchaînements para- et hypotaxiques, la construction du sens, et la structuration de l’information à transmettre.

 

Références bibliographiques :

Blanche-Benveniste, C. (1997) : Approches de la langue parlée en français. Paris : Ophrys

Blanche-Benveniste, C.(1990) : Le français parlé. Etudes grammaticales. Paris : Ed. du CNRS

Gadet, F. (1989) : Le français ordinaire. Paris : Armand Colin.

Giacalone Ramat, A. (1994): The development of clause combining in second language learners. Complement clauses and relative clauses in learner Italian. Paper presented at the 4th EUROSLA Conference, Aix, 8-10 Sept.

Klein, W. & Perdue, C. (1992): Utterance structure (Developing Grammars Again). Amsterdam : J. Benjamins

Klein, W. & Perdue, C. (1993) : Utterance structure. In Perdue, C; (ed.): Adult language acquisition cross-linguistic perspectives. Volume II.3-40, C.U.P. Cambridge.

Levelt, W. J. (1989): Speaking. MIT. University Press.

Perdue, C., Deulofeu, J. & Trévise, A. (1988): The acquisition of French. In Perdue C., Klein W. Utterance Structure. ESF : Strasburg.

Véronique, D. (1997): The acquisition of grammar in French as a second language : the development of clause combining